L’Éducation dans le cadre du

VARṆĀŚRAMA

MANUEL D’INTRODUCTION

Chapitre 4

Le contexte historique

Chapitre 4
 Le contexte historique
 
Même si le varṇāśrama-dharma remonte à plusieurs siècles, il importe de comprendre que cette institution sociale de varṇas et d’āśramas se fonde sur des principes aussi universels que scientifiques, qui s’appliquent à tous les individus et à toutes les sociétés à toute époque historique. Selon la Bhagavad-gītā, que l’on considère comme le traité le plus complet et le plus reconnu sur la science de la matière et de l’esprit, le varṇāśrama-dharma a toujours été accepté comme l’institution sociale idéale et traditionnelle en vue de favoriser l’organisation autant sociale qu’individuelle. Elle fut énoncée par le Seigneur Lui-même il y a plusieurs milliers d’années : 

śrī-bhagavān uvāca
imaṁ vivasvate yogaṁ proktavān aham avyayam
vivasvān manave prāha manur ikṣvākave ‘bravīt

« Dieu, la Personne Suprême, Śrī Kṛṣṇa, dit : J’ai donné cette impérissable science du yoga à Vivasvān, le déva du soleil, qui la transmit à Manu, le père de l’humanité, lequel à son tour l’enseigna à Ikṣvāku.”               (Bhagavad-gītā 4.1)

À différentes époques de l’Histoire, selon divers facteurs sociaux, politiques et économiques, l’institution du varṇāśrama fut plus ou moins adoptée. Lorsqu’on y adhère purement, on l’appelle daivī-varṇāśrama ou divin varṇāśrama, mais quand on l’altère, elle est alors qualifiīe de varṇāśrama asourique ou démoniaque. 
 
Le fondement de l’institution du varṇāśrama, selon les autorités védiques, ne peut pas changer puisqu’il correspond à la constitution sociologique et psychologique essentielle de l’humanité, étant fondé sur l’interaction complexe des trois modes d’influence de la nature matérielle.

1. La Brahma-sampradāya sous la conduite de Śrīpād Madhvācārya ;
2. la Śrī-sampradāya sous la conduite de Śrīpād Rāmānujācārya ;
3. la Kumāra-sampradāya sous la conduite de Śrīpād Nimbārkācārya ;
4. la Rudra-sampradāya sous la conduite de Śrīpād Viṣṇu Svāmī.

TABLEAU 4

L’éducation dans le cadre du 

Varṇāśrama & vaiṣṇava dharma

Éducation

dans le cadre du

Varṇāśrama-dharma

(aparā-Vidyā)

Éducation dans le cadre du

vaiṣṇava-

dharma

(parā-Vidyā)

Sambandha-jñāna

Connaissance des relations

Être bien situé

dans son propre

Varṇa et āśrama

Serviteur de Dieu

Dasa-rasa

2ème au 8èmeprincipes du

Dasa-mula tattva

Abhidheya-jñāna

Connaissance de

l’action

Activités

conformes au

Varṇa et āśrama

Dévotion à Dieu

Sadhana-bhakti

9ème principe du Dasa-mula tattva

Prayojana-jñāna

Connaissance

du but

Purification

de l’existence,

vers la vertu

Amour de Dieu

Bhava & Prema bhakti

10ème principe du Dasa-mula tattva

Bien qu’elles proclament essentiellement la même vérité, elles diffèrent dans certains détails théologiques. Ces quatre écoles ou sampradāyas vaiṣṇavas suivent leurs Maîtres ou ācāryas respectifs, qui demeurent les gardiens de la philosophie et la principale source d’inspiration pour leurs disciples. L’institution des varṇas et āśramas existe dans ces quatre sampradāyas.
          Au sein de ces quatre écoles vaiṣṇavas, l’éducation dans le cadre du varṇāśrama demeure la façon dont tous les membres de la société peuvent progresser vers la réalisation du soi. Nous savons que, pour l’Orient comme pour l’Occident, l’éducation a toujours été étroitement liée au développement social et influencée par divers événements de l’époque. De même, de façon encore plus profonde, l’éducation dans le cadre du varṇāśrama au sein du paradigme védique est toujours demeurée une partie intīgrante de la vie sociale. À ce sujet, il semblerait que les éducateurs et philosophes d’Orient et d’Occident s’accordent pour dire qu’on ne saurait séparer le développement éducatif de son contexte social.
 Un des objectifs fondamentaux de l’institution du varṇāśrama consiste à garder les membres de la société concentrés sur le but premier de l’existence, c.-à-d. la réalisation spirituelle, tout en tenant compte des besoins matériels autant de l’individu que de la sociīété. Le terme dharma signifie cela même : favoriser le but premier de l’existence, la réalisation spirituelle. Quand ce point de mire devient dénaturé, flou ou perdu, la connaissance et les activités de la société humaine passent du dharma (devoir ou responsabilité) à l’adharma (l’abandon du devoir ou l’irresponsabilité), et tombent ainsi dans la catégorie de l’avidyā ou l’ignorance. Jusqu’à la révolution industrielle du 19ème siècle, l’Inde demeurait en grande partie concentrée sur le respect et l’application du varṇāśrama. Ce qui — malheureusement — n’a pas empêché pour autant certaines croyances aussi fausses que dénaturées de s’infiltrer dans le varṇāśrama. Citons à titre d’exemple le fait de déterminer la caste d’une personne selon sa naissance. Mais dans l’ensemble, la société respectait en grande partie cette institution naturelle. Toutefois, comme l’Histoire le révèle aujourd’hui, plus les individus et la société sont captivés par le matérialisme, oubliant le but principal de la vie — la réalisation spirituelle —, naturellement, plus l’intérêt pour l’institution du varṇāśrama diminue. Ce n’est pas notre but ici de nous attarder sur de tels comptes rendus historiques. Qu’il suffise ici de souligner le fait que plus la société devient matérialiste, plus les individus s’écartent des normes du varṇāśrama.
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